homélie de Monseigneur GILBERT AUBRY sur la famille
« FAMILLE CHRETIENNE
CHOISIS L’AMOUR et LA VIE ! »
- Homélie -
Rassemblement diocésain du Renouveau - 12 MAI 2008 - LE CHAUDRON
Il y a quelques instants, nous avons chanté le psaume de la création
« Mon Dieu, tu es grand, tu es beau
Dieu vivant, Dieu Très Haut, tu es le Dieu d’Amour
… Dieu présent, en toute création »
Le chant était beau. Il y avait un élan de vie, une unité, une harmonie des voix et des visages. Un instant de plénitude et de bonheur, comme un moment d’espérance qui nous soulevait et nous tournait vers l’avenir. Ce « psaume de la création » reprend le livre de la Genèse avec le projet de bonheur voulu par Dieu pour l’homme et pour la femme au début du monde, pour les hommes et pour les femmes jusqu’à la fin du monde. Toute la création est préparée pour rendre possible la vie humaine avec l’amour entre l’homme et la femme. Cet amour devient une prière avec Dieu parce que leur vie est appelée à devenir un dialogue d’amour en Dieu. « Dieu créa l’homme et la femme à son image (…) homme et femme il le créa ».
En effet, Dieu est dialogue d’amour entre le Père et le Fils, entre le Fils et le Père. Et cet amour réciproque qui va de l’un à l’autre, depuis toujours et pour toujours, donne ensemble un rayonnement d’amour qui fait tout exister par amour : l’Esprit Saint. Comme la lumière du soleil vient du soleil et nous porte la chaleur du soleil, de la même manière le Fils Jésus qui vient du Père nous porte l'Esprit Saint qui est l’énergie d’Amour de Dieu. « Dieu créa l’homme et la femme à son image ». L’homme et la femme sont donc créés pour un dialogue d’amour réciproque.
Dans cet amour, ils peuvent se dire l’un à l’autre dans un cœur à cœur infini. Ils sont alors appelés à se donner l’un à l’autre dans leur corps de chair animé du souffle de l’Esprit. Un jour, dans cet amour, l’enfant sera « sacrement », signe de leur amour. C’est l’idéal, c’est le rêve de bonheur qui habite le cœur de tout homme et de toute femme qui porte en lui, qui porte en elle, le chant de la création du monde. Cet appel à l’amour a été mis dans le cœur de l’homme et de la femme par Dieu lui-même. Mais, hélas, le rêve peut se briser et l’idéal peut paraître comme une étoile inaccessible au fond du ciel en pleine nuit.
De temps en temps, je vais à l’hôpital visiter des personnes dans tel ou tel service. L’autre jour, je voyais une jeune maman qui sortait de la maternité avec son bébé dans ses bras. Elle avait le bonheur serré contre son cœur mais « son cœur l’était serré ». Elle avait la détresse dans les yeux parce qu’elle était seule avec un sac accroché à son épaule. Où était le mari… ou le papa ? Peut-être occupé, peut-être ailleurs, en dehors de La Réunion ? Peut-être pas ? Où était la famille ? Où étaient les amis ? Personne. Un cas. Et pourquoi tant de femmes battues et tant d’hommes trahis ? On va vivre jusqu’à faire « l’éloge de l’infidélité » : être ensemble oui, mais avec un amant ou une maîtresse. Ce serait soi-disant pour équilibrer la vie. Non mais, où est-ce que l’on va ? Foutor va. Pourquoi tant de jeunes qui ne sont pas aimés, dans l’impossibilité de gagner leur vie et qui deviennent des révoltés ? Notre monde serait-il devenu fou, insensible à la souffrance ou prisonnier de la souffrance, se repliant sur lui-même, recherchant toutes les jouissances immédiates, tous les plaisirs et tous les loisirs, se plaignant de ne plus avoir de repères, mais cassant tous les repères ? Ne me dites pas que ce n’est pas vrai, parce que cela se passe dans nos propres familles. Notre soi-disant civilisation s’invente de nouvelles danses tecktonik pendant que la société est ébranlée par un tremblement de terre d’immoralité. Alors ? L’idéal et le rêve de bonheur, cela ne correspond à rien ?
Des repères pour la vie
Plus que jamais nous croyons à la possibilité du bonheur pour nous, pour les autres, pour nos familles, pour toutes les familles, pour toute la société. Pourquoi ? Parce que lorsque nous disons que nous croyons, nous faisons référence à la foi. Nous croyons, nous avons la foi. Il ne s’agit pas d’une vague croyance. Il s’agit d’une confiance totale en Dieu qui a une totale confiance en l’homme et en la femme, dans tous les hommes et toutes les femmes qui sont le chef-d’œuvre de sa création. Déjà avant Jésus-Christ, Dieu appelle à répondre à son amour. Nous avons les dix commandements donnés à Moïse et au peuple de l’Alliance. Dieu avait dit et il dit encore aujourd’hui « Je te propose aujourd’hui de choisir ou bien la vie et le bonheur, ou bien la mort et le malheur. Ecoute les commandements que je te donne aujourd’hui : aimer le Seigneur ton Dieu, marcher dans ses chemins, garder ses ordres, ses commandements et ses décrets. Alors, tu vivras… » (Dt. 30.15 sq).
Nous avons entendu ce passage du Deutéronome dans la deuxième lecture. Ne pensons pas que c’est démodé parce que la Parole de Dieu est éternelle. Jésus lui-même a dit qu’il n’était pas venu abolir la loi mais l’accomplir dans l’amour et pour l’amour, par le commandement de l’amour. En rentrant chez nous, nous pourrons reprendre dans nos équipes et à la maison la méditation des pages 7 et 8 de notre livret d’animation. Il n’a pas été réalisé seulement pour aujourd’hui mais comme un outil qui nous aidera à progresser dans notre combat spirituel, jour après jour. Nous nous souviendrons
- Qu’il n’y a pas d’autre Dieu que Dieu que nous connaissons, nous, comme Père par Jésus son Fils, dans le souffle de l’Esprit. Dieu seul tu adoreras.
- Respecte le nom de Dieu. Que son nom soit sanctifié ! Qu’il soit sanctifié en lui-même et par la qualité de notre vie fraternelle.
- Sanctifie le jour du Seigneur et célèbre la résurrection du Christ chaque dimanche. N’oublie pas la messe !
- Honore ton père et ta mère comme Jésus a accompli la volonté du Père des Cieux en grandissant en sagesse et en âge, soutenu par l’appui affectueux et l’exemple de Marie et de Joseph.
- Ne commets pas de meurtre. Qui verse le sang de son frère fait couler le sang du Christ.
- Tu ne prendras pas la femme de ton prochain ni son mari car ils sont l’un pour l’autre la chair de sa propre chair et leurs enfants ont besoin de leur père et de leur mère ensemble. Ne sépare pas ceux que Dieu a unis.
- Tu ne voleras pas et tu ne témoigneras pas faussement contre ton prochain car il a droit au respect de sa dignité dans la vérité.
- Tu ne convoiteras rien de ce qui est à ton prochain. Veille sur ton cœur, sur tes yeux, sur tes pulsions. « Là où est ton trésor, là sera ton cœur » (Mt 6,21).
Chers amis, nous avons à choisir la vie en choisissant les moyens de réussir la vie. Quand autour de nous, on nous dit qu’il n’y a plus de repères et qu’il n’y a plus de code de conduite pour la route de la vie, nous savons que le Code de l’Alliance avec les dix commandements est pour la réussite de la vie. Il y a toujours des contraintes dans la vie. Si vous devez partir dans la direction de Saint-Benoît tout à l’heure, ne prenez pas la direction de Saint-Denis. Vous pouvez partir à Saint-Denis en disant que vous allez à Saint-Benoît pour vous donner un air de liberté, mais vous ferez fausse route. Si vous devez partir dans la direction de Saint-Paul, ne prenez pas la direction de Saint-Benoît, vous ferez fausse route. « Choisis donc la vie pour que vous viviez, toi ta descendance »… sinon tu feras fausse route.
Ne laissons pas mourir les rêves de bonheur qui animent le cœur des enfants et des adolescents. Et nous adultes, prenons les moyens de répondre au projet d’amour de Dieu sur nous et sur l’humanité. Vous, familles chrétiennes, ne vous découragez pas. Seules vous allez vous décourager et vous n’arriverez à rien du tout. Avec Jésus-Christ, en Eglise, vous pourrez tout. Aujourd’hui, c’est encore les noces de Cana avec l’Humanité puisque nous invitons Jésus-Christ à venir prendre toute sa place dans chacune de nos familles, dans toutes nos familles. Nous l’invitons à venir chez nous avec Marie et toute la Tradition des Apôtres. Et Marie, qui voit ce dont nous avons besoin, nous dit « Faites tout ce qu’Il vous dira ». (cf Jean ch. 2)
Rassemblés au nom de Jésus, nous écoutons sa Parole. Elle est notre nourriture. Méditons-la. Jésus nous dit de rendre grâce avec lui pour sa victoire sur le péché, le Mal et la mort afin que sa victoire devienne notre victoire par le don de l’Esprit. Il nous dit d’offrir au Père le fruit de la terre et du travail des hommes, en mémoire de lui, crucifié, offert à son Père, ressuscité et qui reviendra dans la Gloire : « Ceci est mon corps, ceci est mon sang. Faites cela en mémoire de moi ». Nous devenons ensemble le corps du Christ. Et pour les époux chrétiens, le don de l’un à l’autre dans le don total de leur personne avec leur corps de chair est une eucharistie dans l’Eucharistie du Christ. Dans ton cœur, le Christ peut te dire à toi qui es marié : « Le corps de ton épouse est ma propre chair. Le corps de ton mari est ma propre chair. Vous êtes ma chair et mon sang. J’ai besoin de vous pour donner un nouveau visage à l’amour à travers le visage de vos enfants et que votre amour soit réussi dans ma passion, ma mort et ma résurrection ».
Chers amis, l’idéal de l’amour est beau. Mais ce n’est pas qu’un idéal. C’est le Christ ressuscité lui-même qui veut prendre toute la place en chacun de nous, au cœur du couple et dans la famille. Une famille chrétienne choisit la vie et veut la réussite de la vie. Mais une famille chrétienne ne peut pas réussir l’amour et la vie sans choisir le Christ, en Eglise. Autrement, elle ne serait pas chrétienne. Dans ton couple, ce n’est pas d’abord tes sentiments ni ta volonté d’homme qui sont le critère de réussite pour ta femme… pas plus que les sentiments de ta femme ou sa volonté ne sont un critère de réussite pour toi. Dans ton couple, ce n’est pas d’abord tes sentiments ni ta volonté de femme qui sont le critère de réussite pour ton homme… pas plus que les sentiments de ton homme ou sa volonté ne sont un critère de réussite pour toi. Votre référence commune à tous les deux c’est le Christ ressuscité. En vous, il est la clef de vos relations à réussir dans vos morts et vos résurrections successives plongées dans sa mort et sa résurrection définitive.
Et c’est aussi Lui, le Ressuscité qui est la référence des relations réussies entre vous parents et vos enfants, entre vos enfants et vous. C’est vertigineux et en même temps, c’est un chemin de progression vers la perfection de l’amour parce que Jésus ressuscité vous dit à tous les deux, à toi homme, à toi femme qui vivez ensemble aujourd’hui : « En toi, je suis le chemin, la vérité et la vie de votre amour à tous les deux. Sans moi, vous ne pourrez rien faire. » Cela veut dire aussi que la miséricorde est au rendez-vous de tout amour car il n’y a pas d’amour sans pardon : Dieu seul permet d’intégrer la souffrance et l’échec pour aller plus loin ensemble, pour une fidélité renouvelée avec un cœur nouveau dans l’Esprit nouveau de la Pentecôte. C’est parce que Dieu vous est fidèles que vous pouvez être fidèle entre vous. C’est cela le sacrement de mariage : Dieu fait une alliance éternelle avec vous parce qu’Il a confiance en vous. Il fait alliance avec un homme et une femme qui, par la mission de l'Eglise, vont porter l’Eglise et l’Humanité une génération plus loin. Dieu a confiance en vous, ayez confiance en Lui !
Prenons parti !
Chers amis, nous les chrétiens, nous ne pouvons pas démissionner dans le combat de tous les jours pour faire progresser la vie humaine en famille et dans la société. Notre foi religieuse, approfondie et vécue, vient rendre possible le rêve de bonheur et l’idéal de l’amour dans le cœur de nos enfants et de nos jeunes. C’est pourquoi, sachant qui nous sommes, sur cette terre et au cœur de Dieu en même temps, nous prenons parti pour l’amour, pour le mariage, pour la vie, pour la famille, pour une société humanisée par des familles vraiment humaines. Nous prenons parti, sans complexe et dans un esprit de service, en sachant que nous sommes à contre-courant mais pour ouvrir l’horizon à l’avenir avec la force même de la vie. (1)
Prenons parti pour l’amour ! Car tout commence par l’amour entre un homme et une femme. Il s’agit alors pour eux de s’aimer corps et âme en se donnant de l’amour et en le recevant comme un don réciproque. L’amour devient soin de l’autre et pour l’autre. L’idéal ? C’est « cette personne seulement et pour tout le temps » avec ce qui fait toute sa vie : « mon amour pour toujours ! ».
Prenons parti pour le mariage ! Cet amour charnel et spirituel, spirituel et charnel, est alors pour un projet d’amour et de vie. C’est ainsi que l’amour de l’homme pour la femme – et réciproquement – est appelé à s’épanouir dans toutes leurs relations quotidiennes à travers un « pacte d’amour conjugal » (2) qui constitue le mariage. Pour l'Eglise, c’est cela même « l’institution du mariage », une dynamique naturelle inscrite au cœur d’un amour entre un homme et une femme, avec les joies et les peines, pour se soutenir et faire route ensemble tout au long de la vie. Nous sommes persuadés que c’est « le sacrement du mariage » qui va sauver l’amour humain de la faillite : Dieu ne nous laissera pas tomber !
Prenons parti pour la vie ! L’amour de l’homme et de la femme dans le mariage est ouvert sur le don de la vie. L’aspiration naturelle des époux est de se prolonger dans une nouvelle vie qui naîtra de leur amour. Dès le départ, les époux doivent envisager l’avenir de cette nouvelle vie pour lui donner le maximum de chances de réussite humaine et spirituelle. L’amour de l’enfant à venir doit normalement découler d’une paternité et d’une maternité responsables. C’est important pour le bien de l’enfant lui-même, pour celui du couple et pour celui de la société dans laquelle il est appelé à vivre.
Prenons parti pour la famille ! L’enfant qui va naître va élargir le couple à une « communauté de personnes ». L’époux et l’épouse sont devenus père et mère. Pour grandir harmonieusement, l’enfant pourra compter sur l’affection de ceux qui l’ont engendré. Il va bénéficier de leurs expériences et pourra se sentir en sécurité dans leur fidélité à l’aimer. Il apprendra lui aussi à aimer. Avec ses frères et ses sœurs, il fera l’expérience de relations sociales qui vont s’élargir par-delà le cercle familial. L’amour conjugal se sera élargi en amour familial et l’amour familial s’ouvre sur un amour social.
Proposer une « culture de la vie »
Ce n’est pas facile d’aimer. Tous les couples, toutes les familles connaissent des difficultés. Il y a beaucoup de familles éclatées, recomposées, à la suite de séparations et de divorces. Des personnes élèvent seules leurs enfants. Dieu Notre Père aime toutes les familles de ses enfants bien-aimés. C’est pour cela qu’Il nous demande de ne pas baisser les bras pour faire réussir la vie. Il faut compter avec la souffrance et de constantes reprises pour une fidélité et une générosité de plus en plus grandes. Oui, il n’y a pas d’amour sans pardon, et le Christ nous demande de nous aimer comme il nous a aimés (cf. Jean 13,34). Dans la miséricorde, nous sommes appelés à progresser vers l’idéal. Il nous faut tenir compte de toutes les situations sans exclure personne, quelles que soient les tendances sexuelles. Mais dans la recherche de la cohérence entre la foi et la vie, tout n’est pas possible et l’on ne peut pas faire n’importe quoi sous peine de faire fausse route. Le statut du mariage doit être réservé à l’union entre un homme et une femme.
Quand les familles sont malmenées, quand les références disparaissent pour les nouvelles générations, le sacrement de mariage vient construire de nouvelles familles chrétiennes et sauver l’amour humain. D’une part, le Christ prend les époux par la main et les fait progresser ensemble, en Eglise. Il fait alliance avec eux pour que leur alliance entre eux tienne dans l’espace et dans le temps. D’autre part, ce couple, cette famille chrétienne, avec le Christ comme référence pour tous ses membres, va manifester le projet de Dieu pour l’amour humain. Aux yeux de tous, devant toute la société. Ce couple, cette famille humaine devient un signe, un sacrement qui parle parce qu’il construit l’amour en Dieu et avec Lui.
Famille chrétienne, choisis donc la vie ! Dans notre monde qui développe tellement les « cultures de mort » nous devons vivre et proposer une « culture de la vie ». Tout d’abord, souvenons-nous qu’une vie humaine est humaine depuis le premier instant de la conception dans le sein maternel. Cette vie doit être respectée jusqu’au terme de sa mort naturelle. Ceux qui sont les plus fragiles, les enfants dans le sein maternel et les personnes âgées méritent notre plus grande attention.
Prendre parti pour l’amour, pour la vie, pour le mariage, pour la famille, pour le pardon, pour la miséricorde et la fidélité, c’est aller à contre-courant des modes actuelles. Mais avec Jésus-Christ Ressuscité, avec le don de l’Esprit-Saint, avec la Parole, avec l'Eglise, l’Eucharistie et les sacrements, avec les responsabilités partagées, c’est possible parce que Jésus-Christ nous redit encore : « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie » (Jean, 14 – 6). Oui, familles chrétiennes, choisissez la vie ! Pour la gloire de Dieu et l’avenir de l’Humanité.
« Mon Dieu, tu es grand, tu es beau
Dieu vivant, Dieu Très Haut, tu es le Dieu d’Amour
… Dieu présent, en toute création ».
Monseigneur Gilbert AUBRY
(1) Cf. Congrès d’évêques à l’île Maurice, août 1993
(2) Cf. Benoît XVI, Dieu est amour, § 6 et 7